[M. Tremeau OP:]

NOTICE

sur la Commune et l'Eglise du Plan d'Aups [1967]

La COMMUNE du Plan d'Aups s'étend sur une longueur de plus de 8 kilomètres, depuis la limite du département des Bouches-du-Rhône à l'Ouest, jusqu'au delà de la Grotte de la Ste-Baume et du massif des Béguines à l'Est. L'altitude moyenne est de 700 m.

Autant que nous puissions en juger d'après des fouilles à peine ébauchées, les alentours de l'église actuelle furent, dans l'antiquité et à l'époque gallo-romaine, un centre de défense, fortifié au Sud par une ligne de rochers abrupts. C'était en effet une coutume antique de se réfugier en cas de danger sur des hauteurs escarpées, accessibles d'un seul côté qu'il suffisait de munir d'un rempart. Tel l'éperon (Mont Perdu) de la chaîne du Mont Olympe, qui se profile à l'horizon, au N.-N.-Est, et qui était, voilà quelques millénaires, le centre fortifié le plus important de la Proven­ce.

Sur l'étendue du plateau et dans les vallées, les habitations étaient peu nombreu­ses. Un petit temple dédié aux déesses protectrices des eaux du Plan d'Aups s'élevait au bord d'une source qui coule dans la propriété actuelle de la Colonie Ste-Germaine (près des deux peupliers).

Au Ve siècle, vers l'an 415, le fondateur de la célèbre abbaye de St-Victor à Marseille, Jean Cassien, établit un de ses prieurés, puis un autre monastère, au pied du Pic des Béguines. Au VIlle s., les invasions arabes ravagent la contrée.

En 1295 les Pères Dominicains sont établis gardiens de la Grotte de la Ste-Baume. Cette Grotte était connue dès la plus haute antiquité. On y honore Ste Marie-Madelei­ne pénitente depuis une époque difficile à préciser. Elle constitue un centre de pè­lerinage toujours fréquenté. Les bâtiments de l'Hôtellerie sont devenus un Centre Culturel.

Actuellement (1967) les habitants résidentiels sont environ 200, y compris les 45 religieuses du couvent de Béthanie ("Dominicaines des prisons"). Mais la proximité de Marseille (moins d'une heure d'auto) en fait un lieu de villégiature idéal. Aussi les villas se construisent-elles à un rythme accéléré depuis une dizaine d'années (au moins 12 par an), élevant le chiffre total des immeubles à 230. En hiver les voitures des promeneurs défilent presque sans arret les dimanches de beau temps. En été la population est décuplée, répartie en 260 foyers.

plan d'aups L'EGLISE du Plan d'Aups est un des monuments religieux les plus anciens de la Provence (XIe-XIle s.). De style roman primitif, ainsi que l'indique, entre autres particularités, sa voûte en berceau brisé, elle est un joyau de simplicité et d'har­monie, éminemment propre au recueillement et à la prière. Elle était vraisemblable­ment le lieu de culte des religieuses Cassianites, D'après le "Cassianus illustratus" elles l'auraient édifiée après la ruine par les Sarrasins de leur monastère du Pic des Béguines. On voit encore, près de la grande porte d'entrée primitive (visible à l'intérieur de l'église, à 80 centimètres du sol, le couloir profond où elles glis­saient de jour la poutre dont elles se barricadaient la nuit avant de rentrer chez elles par la porte du choeur.

L'orientation est traditionnelle, vers le soleil levant. Le choeur est incliné de plus de 3⁰ vers le Nord par rapport à l'axe de la nef, Celle-ci monte sensiblement dans la direction du choeur. Le sol était primitivement en terre battue. On y enter­rait les défunts au Moyen-Age. Il a été couvert des dalles actuelles au XVIIe s. Des ossements nombreux s'y trouvent encore en plusieurs endroits, et même dans des loculi des murs. Une cinquantaine de squelettes ont été relevés au cours de la res­tauration et réunis dans un ancien caveau voûté situé à gauche en entrant. (La dalle de ciment qui le ferme se reconait à sa croix de graviers).

Les murs sont très épais (1 m 20). L'éclairage primitif provenait à la fois des meurtrières et de l'orifice de la voûte. Celui-ci est sans doute un vestige d'une haute antiquité, adopté par le Christianisme jusqu'au Xe siècle - ''l'axe du monde", symbole de la communication entre le Ciel et la terre. Primitivement à ciel ouvert, il est muni actuellement d'un vasistas mobile. Les fenêtres furent percées ou agran­dies postérieurement. Les vitraux, oeuvre de M. Jacques Fonmaty, sont récents (1964). Dès la construction de l'édifice, les murs et la voûte furent enduits d’une couche de mortier. C'était la coutume à cette époque lorsque les pierres n'étaient pas fai­tement travaillées. De nos jours leur rusticité n'est pas pour nous déplaire, d'au-tant plus que la variété de leurs teintes naturelles contribue au charme du lieu. (La différence de couleurs de l'abside voûtée vient de ce qu'elle est construite en tuf, matériau léger et tendre).

L'enduit primitif était sans doute discret et respectueux des lignes de l'édifice: tel celui de la voûte des trois premières travées. Mais par la suite l'église s'en­laidit et se surchargea. La voûte de la quatrième travée, au-dessus du choeur, était bariolée de couleurs criardes simili-marbre. Le maître-autel, fin XIXe siècle, était monumental. Trois autels du même style encombraient la nef. Le fond de l'église était envahi par une tribune sans beauté. Les détails les plus remarquables (orifice de la voûte, porte du choeur, grande porte d'entrée, meurtrière, etc.) étaient ca­mouflés et ne révélèrent leur existence qu'au cours des travaux de décapement. On avait été jusqu'à construire de faux piliers en brique dans le prolongement de l'an en encorbellement qui dégage pourtant si bien le choeur.

L'opération de décapement a eu le mérite de rendre à l'édifice sa pureté de lignes. Elle fut menée à bien par des artisans locaux, de 1963 à 1965, en plusieurs tranche totalisant près de 4 mois de travail. La municipalité contribua généreusement à cette restauration. Il reste surtout maintenant à construire une sacristie (près de la citerne) en remplacement de celle qui était sous la tribune.

Le groupe des statues du calvaire, en bois polychromé, dàte du XVe siècle. On admire spécialement la statue de la T.S. Vierge. Les deux statues dorées (de la Vierge Mère de Dieu et de St Jacques le Majeur, patron de la paroisse), ainsi que celle de Ste Barbe, sont relativement récentes, mais rappellent le style du XVIIle siècle et ont une valeur du fait de leur fabrication (en carton moulé).

La pierre de l'autel de la sainte Vierge provient du temple gallo-romain érigé en l'honneur des déesses protectrices des eaux du Plan d'Aups. Le maître-autel actuel date de 1954. Il est en pierres de Cassis, sauf la croix, composée de pierres trou­vées telles quelles dans les ruines avoisinantes. Tous les meubles en métal ont été faits sur commande, ainsi que les chandeliers de bois d'olivier. Les chandeliers en pierre ne sont autres que les chapiteaux provenant des autels démolis. C'est aussi la table, sciée en deux, du précédent autel de Marie, qui a fourni la table de com­munion actuelle. Celle-ci a pris la place de la grille en fer forgé qui entoure maintenant les Ponts baptismaux. La plupart des bancs viennent des églises désaffectées d'Algérie.

Le presbytère attenant à l'église date du XVIIe ou XVIIle siècle. A sa place se trouvait jadis un cloître. Les dalles de la cour d'entrée sont posées depuis peu (juillet 1967). Le plafond du porche a été rehaussé pour dégager l'arc de la porte actuelle, qui était au paravant camouflée et remplacée par une porte plus étroite.

Le pilastre au chapiteau brisé, ainsi que la pierre gravée (petit autel païen) qui lui fait face à l'entrée du porche, viennent du temple gallo-romain. Voici, reconstitué, le texte de l'inscription: MATRIBU5 ALMAHABUS SEXTIUS VINDIUS V(otum) S(olvit) L(ibenter) M(erito): "Aux Mères Almahoé Sextus Vindius s'est acquitté librement et à bon droit de son voeu“.

L'erme majestueux qui ombrage la porte d'entrée date vraisemblablement de l'époque d'Henri IV.

(vervielfätigtes Typoskript des Pfarrers Pere M. Tremeau OP, 1967)

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